Pourquoi avons-nous tant de mal à être fiers de nous ?

Dans mes accompagnements individuels comme dans les ateliers que j’anime auprès des collectifs, une situation revient régulièrement.

Lorsque je demande aux participants de nommer ce dont ils sont fiers, un silence gêné s’installe souvent.

Certains hésitent.
D’autres minimisent immédiatement ce qu’ils ont accompli.
D’autres encore répondent en parlant de leurs équipes, de leur entourage ou de circonstances extérieures, sans parvenir à reconnaître leur propre contribution.

Pourtant, ces mêmes personnes ont souvent traversé des défis importants, développé de nouvelles compétences, fait preuve de courage ou atteint des objectifs qui leur tenaient à cœur.

Alors pourquoi est-il si difficile de dire :

« Je suis fier(e) de moi » ?

Une émotion qui souffre d’une mauvaise réputation

Dans notre culture, la fierté est une émotion ambivalente.

Nous valorisons l’humilité, ce qui est une qualité précieuse. Mais parfois, nous confondons humilité et effacement de soi.

Très tôt, nous entendons des expressions comme :

  • Ne prends pas la grosse tête.
  • Reste humble.
  • Ce n’est pas la peine de te vanter.

Ces messages ont leur utilité lorsqu’ils cherchent à prévenir l’arrogance ou le mépris des autres. Mais ils peuvent aussi conduire à une croyance plus profonde :

Reconnaître sa valeur serait une faute.

Nous finissons alors par penser que la fierté est dangereuse, qu’elle nous éloigne des autres ou qu’elle risque de nous faire paraître prétentieux.

Pourtant, la fierté n’est pas l’arrogance

Il est important de distinguer ces deux notions.

L’arrogance consiste à se considérer supérieur aux autres.

La fierté saine consiste à reconnaître sa propre valeur.

L’une repose sur la comparaison.

L’autre repose sur la conscience de soi.

Être fier de soi ne signifie pas être parfait.
Cela ne signifie pas non plus avoir réussi mieux que les autres.

Cela signifie simplement pouvoir dire :

  • J’ai fait de mon mieux.
  • J’ai progressé.
  • J’ai appris.
  • J’ai persévéré.
  • J’ai franchi une étape importante pour moi.

Cette reconnaissance nourrit la confiance en soi de manière durable.

Les effets positifs de la fierté

La recherche en psychologie montre que les émotions positives jouent un rôle essentiel dans notre capacité à apprendre, à créer et à développer nos ressources personnelles.

La fierté fait partie de ces émotions.

Lorsqu’elle est vécue de manière équilibrée, elle permet :

  • de renforcer l’estime de soi ;
  • d’augmenter le sentiment d’efficacité personnelle ;
  • de soutenir la motivation ;
  • de favoriser la persévérance ;
  • de mieux traverser les périodes de doute.

La fierté agit comme une mémoire de nos réussites.

Elle nous rappelle que nous sommes capables d’avancer, même lorsque le chemin paraît difficile.

Une émotion qui bénéficie aussi aux autres

L’une des idées reçues les plus répandues est que la fierté serait une émotion individualiste.

Pourtant, mon expérience montre souvent le contraire.

Les personnes capables de reconnaître leurs réussites ont généralement moins besoin de se comparer aux autres.

Elles peuvent alors plus facilement :

  • encourager ;
  • féliciter ;
  • valoriser ;
  • soutenir.

Elles ne vivent pas les succès des autres comme une menace.

Elles les accueillent comme une source d’inspiration.

La fierté saine est donc aussi une émotion relationnelle.

Elle contribue à créer des environnements plus positifs, plus soutenants et plus apprenants.

Comment développer une fierté plus saine ?

Cultiver la fierté ne consiste pas à rechercher la perfection ou à accumuler des performances.

Il s’agit plutôt d’apprendre à reconnaître régulièrement :

  • les efforts fournis ;
  • les progrès réalisés ;
  • les difficultés surmontées ;
  • les apprentissages acquis ;
  • les actes alignés avec nos valeurs.

Quelques minutes de réflexion en fin de semaine peuvent déjà faire une différence.

En se posant simplement cette question :

De quoi suis-je fier(e) aujourd’hui ?

La réponse n’a pas besoin d’être spectaculaire.

Parfois, il s’agit simplement d’avoir osé une conversation difficile, d’avoir tenu un engagement, d’avoir demandé de l’aide ou d’avoir pris soin de soi.

Réhabiliter la fierté

Je crois qu’il est temps de réconcilier humilité et fierté.

Nous pouvons être conscients de nos limites tout en reconnaissant nos forces.

Nous pouvons rester ouverts à l’apprentissage tout en célébrant nos progrès.

Nous pouvons être fiers de nous sans nous croire supérieurs aux autres.

Parce qu’au fond, la fierté n’est pas l’opposé de l’humilité.

Elle est la reconnaissance juste et lucide du chemin parcouru.

Et lorsque nous nous autorisons à être fiers de nous-mêmes, nous offrons souvent aux autres la permission de faire de même.

La fierté n’est pas ce qui nous sépare des autres. C’est souvent ce qui nous permet de les rejoindre avec plus de confiance, de générosité et d’authenticité.

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